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Champion de septembre

Benoît Caranobe

Benoît Caranobe, un homme heureux

Après plusieurs saisons blanches, des blessures à répétitions et une opération à l’épaule, le double champion de France 2003-2004, Benoît Caranobe, a créé l’exploit à Pékin le jeudi 14 août 2008 en remportant la médaille de bronze du concours général individuel des 29e Jeux Olympiques. Le petit gars de Noisy-le-Grand a enfin réalisé son rêve et est définitivement entré dans la cours des Très Grands.


Benoit planche aux anneaux

Bercy. Avril 2005. Dernière compétition de préparation avant les championnats d’Europe. Un craquement en pleine croix de fer, l’épaule de Benoît lâche subitement. Dans les gradins, les spectateurs s’inquiètent. Le gymnaste de Noisy-le-Grand est à genou sur le tapis, la main sur son épaule. Un souvenir. « Je me rappelle encore parfaitement du bruit que cela a fait à ce moment là. Comme si on déchirait un pull, tout de suite j’ai su que c’était important. » Disjonction acromio-claviculaire de stade trois, une opération et six mois d’arrêt total. Un gouffre dans la vie d’un gymnaste. A la même époque, une rupture amoureuse difficile et un braquage au revolver, au cours duquel Benoît a bien cru qu’il allait y passer, le plonge dans un profond désarroi. Ces trois épreuves coup sur coup, ont rendu d’autant plus difficile son retour. « J’avais perdu sept kilos et surtout énormément confiance en moi. Mais cela m’a aussi fait grandir. » Epaulé par un psychologue, il est sorti de sa bulle, et a réussi à imaginer ce à quoi ressemblera sa vie après la gymnastique.

Benoît Caranobe à son dernier passage, le sol

Benoît Caranobe à son dernier passage, le sol

Il s’est inscrit en prépa-kiné tout en remettant le pied à l’étrier. «Depuis Athènes, je n’avais qu’une envie : reparticiper aux J.O. et faire enfin des résultats internationaux. J’ai été frustré de m’être blessé au moment même où je pensais être le meilleur. »

Voilà ce qui a donc poussé ce gymnaste talentueux à continuer à franchir jour après jour la porte du gymnase K de l’INSEP. Et ce, malgré les années qui passent et les jeunes loups qui grimpent et décrochent déjà leurs premiers résultats. Le niveau français s’est densifié et pour retrouver sa place en équipe de France, il lui a fallu cravacher extrêmement dur à l’entrainement. « Nous ne pouvons pas nous permettre de faire de l’affectif, avait prévenu Laurent Barbieri. S’il est stable et bon, il aura sa place. » Benoît s’est appliqué à la tâche et a retrouvé sa place de titulaire à l’occasion des championnats du monde de Stuttgart en septembre 2007, qualificatifs pour les JO de Pékin. Il participe activement à la qualification de l’équipe de France et fait de ces Jeux son principal objectif.

La longue route vers Pékin

Benoit préparation aux parallèles

   

En mai 2008, après avoir décroché la 3ème place aux Coupes Nationales à Lyon, il est retenu pour participer aux championnats d’Europe à Lausanne, ultime grande compétition internationale avant les Jeux. Malheureusement, une blessure au mollet le contraint à déclarer forfait seulement quelques jours avant le départ de l’équipe. C’est un nouveau coup dur pour Benoît qui perd ici une occasion de prouver aux sélectionneurs qu’il a sa place dans l’équipe olympique. Il faudra donc faire ces preuves autrement. D’autant que le discours du staff technique est clair : l’équipe sera composée de spécialistes, capables de rentrer dans les finales par appareil et de remporter des médailles. Pour Benoît, lui le généraliste, rien n’est donc gagné. Il travaille alors l’un de ses points forts, le saut, et y obtient de bons résultats dans différents tournois internationaux. De belles performances lors des Divisions Nationales et du championnat de France élite, ultime étape de sélection, lui permettent d’espérer. Le 15 juin, la sélection est annoncée au Palais des sports de Toulon. Benoît sera bien du voyage en Chine. 4 ans qu’il attendait cela !

   
   

Le jour qui a changé sa vie

Benoit avec son entraineur Laurent Barbieri en pleine concentration

La préparation olympique est longue et astreignante mais Benoît tient le coup et se tient fin prêt pour sa 2ème olympiade. Son objectif est d’entrer en finale du saut et disputer le concours général individuel, comme il l’avait fait il y a 4 ans. L’équipe de France masculine entre en piste dès le 1er jour des Jeux. Les qualifications se passent plutôt bien pour les Français, et notamment pour Benoît qui réussi un beau parcours lui permettant de remplir ses 2 objectifs et de se classer provisoirement à la 9ème place du concours général, en obtenant son meilleur total jamais réalisé. Deux jours plus tard, il dispute avec ses coéquipiers, la grande finale par équipe, au cours de laquelle ils passent tout près de l’exploit.

Jeudi 14 août. Il est 5H du matin en France lorsque la finale du concours général GAM débute. Benoît n’a pas réellement d’objectifs précis pour cette finale, une place dans les 10 le satisferait pleinement. Il entame son concours aux arçons, l’un de ces points faibles. On le sent extrêmement concentré, appliqué à l’extrême, totalement enfermé dans sa bulle. Son passage aux arçons est bon. Il ne veut pas voir ses notes pour rester concentrer le plus possible. Il ne voit donc pas qu’il vient d’obtenir l’une de ses meilleures notes à cet appareil.

Benoit, vol au dessus de la fixe

Il passe ensuite aux anneaux. Tout est maitrisé, les forces sont nettes et précises et une fois de plus la note est très bonne. Vient le moment d’effectuer son passage au saut. Son tsukahara double arrière carpé est magistral, la réception est pilée et cela lui permet d’obtenir la meilleure note du concours à cet agrès. A mi parcours, Benoît se situe à la 3ème place provisoire. On se met alors à rêver et croire à un exploit possible. Lui ne sait pas du tout ce qu’il en est et se contente simplement de faire de son mieux. Deux exercices réussis, aux barres parallèles et à la barre fixe, lui permettent d’aborder la dernière rotation en 5ème position, à quelques dixièmes du podium. Reste le sol, l’une de ses spécialités. Il s’élance, s’applique, les éléments sont maîtrisés et les réceptions pilées. Il termine son concours sur un full in groupé, les poings serrés et le sourire aux lèvres. Son parcours a été parfait, il vient de réaliser le match de sa vie. La note tombe et Benoît découvre enfin qu’il est provisoirement 2ème. Mais il faut encore attendre le passage des derniers concurrents. La tension monte, tout le clan français est en ébullition. On guette l’affichage officiel…

Ca y est, cette fois c’est sûr, Benoît Caranobe est médaillé de bronze du concours général individuel des 29e Jeux Olympiques. C’est un authentique exploit qu’il vient de réaliser. « Je suis extrêmement heureux aujourd’hui, je ne m’y attendais pas du tout, car mon objectif au départ était de venir pour faire une finale au saut de cheval et me faire plaisir sur les six agrès. Je n’arrive pas à réaliser… », dira t-il à la fin de la compétition.

Benoît Caranobe découvre la saveur d'une médaille olympique

Benoît Caranobe découvre la saveur d'une médaille olympique

Pour son entraineur Laurent Barbieri, tout s’est joué au saut : « Quand on pile un saut en tsukahara double arrière carpé sur un concours général, c’est bon signe. Il était dans une logique de faire un bon résultat. Je suis heureux pour lui. C’est une belle finale. Historique. »

Quelques jours plus tard, il ne réussira pas à rééditer son exploit en finale du saut, sans doute trop émoussé par cette médaille, mais qu’importe. Benoît a écrit à Pékin l’une des plus belles pages de l’Histoire de la Gymnastique française et prouvé à tous ceux qui ne croyait pas en lui qu’il est un immense champion. Il a également montré qu’un gymnaste français était capable de concurrencer les meilleurs du monde sur 6 agrès.

A 28 ans, sa carrière est loin d’être finie et cette médaille va le pousser à aller en décrocher beaucoup d’autres, lui qui jusque là n’avait jamais obtenu la moindre breloque individuelle au niveau international.